
Téhéran, 9 millions d’habitants, sous les bombes.
Les mass media projettent une reprise prochaine des bombardements.
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MESSAGERIES DE LA PAIX
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Lettre de Liaison 146
8 mai 2026
Contre la gendarmerie planétaire – encore
NON AUX GUERRES SANS FIN NI SENS COMMUN !
Ce que nous fait la guerre, à nous qui vivons ici, loin des fronts :
D’abord, le carburant a augmenté comme jamais aux pompes, on est à deux euros le litre maintenant. Un plein, c’est un trou de cent euros dans le budget. Si vous vivez en ville, et pouvez vous servir du bus ou du tram pour vos déplacements, c’est sans importance. Si vous êtes loin des grandes villes, petit artisan, ou contraint de vous transporter pour travailler, faire des courses, c’est une nouvelle forme de confinement qui s’impose – on limite autant que l’on peut toute sortie, on évite de se déplacer. Ambiance de couvre-feu en plein jour.
Pour tous, dans les villes comme dans les campagnes, cette hausse des carburants se répercute sur toutes les marchandises transportées. Les prix ne cessent de grimper, de tous côtés. Dans le bâtiment, les matériaux ont pris 5% par mois depuis février, en moyenne. Les métaux, zinc, alu… davantage. Le PVC, lui, a pris 25%. Allez chez n’importe quel marchand de matériaux, ils vous renseigneront. On n’en voit pas la fin.
Plus en profondeur, l’état de guerre continu c’est ce que nous vivons depuis le début 2026, depuis les bombardements sur l’Iran et le Liban. Comme un couvercle sans fin qui recouvre tout l’horizon, lourd d’incertitudes et d’une sourde angoisse refoulée, qui revient par tous les canaux médiatiques, réseaux sociaux, radios, télés.
Nous sommes le 8 mai. On nous dit que c’est un jour de victoire sur le mal absolu de la seconde guerre mondiale, mais ni les allemands, ni les espagnols, ni les anglais, ni les belges ne le célèbrent. Et les media ne parlent que de guerre, de blocus, de conséquences. Les Américains, les Israéliens, toujours, contre l’Iran, le Liban, interminablement… En janvier, le Vénézuela. Depuis, menaces sur Cuba… On perd le fil à force. Les raisons ?
Basta Ya ! Assez de guerre !
Le point de non-retour est atteint. N’y a-t-il que le Pape Léon XIV pour clamer en place publique « “Assez de l’idolâtrie du moi et de l’argent ! Assez des démonstrations de force ! Assez de guerre ! La véritable force se manifeste en servant la vie.” ?
S’il n’y a que lui pour parler clair, alors autant nous faire papistes !
C’est le silence qui nous assourdit. Toujours vivre dans le déni, dans l’ignorance de la servitude volontaire ?
Que devient la joie de vivre, le goût de vivre, s’il n’est question que du tiroir-caisse, et des mêmes limites, des mêmes œillères ? A l’intérieur de petites boîtes, toutes pareilles entre elles… Enfumés que nous sommes de toutes parts, à ne plus savoir de quoi vraiment parler encore. Des performances du PSG Qatar face au Bayern de Munich ?
Résonne la guitare douce, parfois rageuse d’un fils incroyant du Pays Basque et des Indiens Quechuas, Atahualpa Yupanqui :
https://genius.com/Atahualpa-yupanqui-basta-ya-lyrics
Qui a gagné la guerre
dans les montagnes du Viet-Nam ?
Le guérillero sur sa terre
et le yankee au cinéma
Basta Ya !
Assez des commandements du yankee !
Le Pape Léon XIV, lui, nous rappelle que « la mission de l’Eglise est de proclamer l’Evangile, de prêcher la paix – si quelqu’un veut me critiquer pour mon témoignage de l’Evangile, qu’il le fasse en vérité. »
Atahualpa Yupanqui ? En quechua : Celui qui est venu de terres lointaines pour dire quelque chose.
Un si proche Orient, à nos portes la honte
Six voyages en 2024-2025 à Jérusalem, Naplouse cœur de la Palestine, Nir Oz aux portes de Gaza, grâce à celles et ceux qui lisent ces Lettres de Liaison, mais aucun en 2026 : avec l’extension de la guerre en Iran et au Liban, Israël est devenu un pays pariah, un pays piégé. Les compagnies aériennes ont supprimé des milliers de vols. Nul ne sait de quoi « demain » peut être fait. Sur le seuil d’Israël, plus de deux millions de personnes survivent sur des champs de ruines, dans des conditions qui font honte à l’humanité. Leurs cris nous parviennent, assourdis par le tintamarre des media dominants, d’une guerre qui chasse l’autre :
« Je dois dire que la guerre continue et chaque jour les ennemis de l’humanité tuent, assassinent, et nous affament. Très peu d’aide nous parvient, ce qui augmente le coût de tout, surtout des légumes, des aliments de base. Pour acheter du pain, il nous faut faire la queue pendant quatre heures le matin très tôt, dès l’aube. »

Quoi faire ?
Vivre dans la surdité volontaire n’est pas une option. Devenir sourd-muet, et aveugle, par choix, et que le dégoût l’emporte, par « facilité » ? Autant dire s’enfermer de soi-même dans une cage, choisir d’être paraplégique, conscience paralysée, absente – parmi les conséquences de la paraplégie : problèmes visuels, pertes de contrôle musculaire, surdité, déficit cognitif…
Nous avions fini l’année 2025 sur une note d’espoir, restés solidaires de ces familles coïncées dans des monceaux de décombres, que nous soutenons depuis 2024.
« Très cher ami. Des millions de mercis et d’appréciations pour ton aide et ton soutien. Tu nous encourages à sourire et à vivre, en vérité tu guéris nos plaies et tu allèges nos souffrances.
Nous avons quitté Deir Albalah et nous venons juste de retourner à Gaza, pour y vivre sur les gravats. Essayer de nous adapter à nos nouvelles circonstances. La guerre n’est pas finie encore. C’est une sorte de mort lente due aux déplacements forcés, aux tueries, et aux bombardements. »
Le risque, depuis cette année 2026, c’est que le dégoût nous prenne, comme jamais, de toutes ces histoires qui tournent autour du vieux rapport entre les juifs d’Israël et leurs voisins arabes. Un dégoût à la hauteur d’une répugnance insurmontable – un ami chirurgien parlait d’anaphylaxie, le concernant : une réaction allergique exacerbée, violente. Puisque le couple américano-israélien s’est engagé dans une dynamique de guerre perpétuelle.
Alors, nous retomberions dans une apathie générale comparable à ce qui s’est répandu en Europe entre 1939 et 1945. Ne plus lire la presse, ne plus rien écouter ou entendre, puisque les mass media portent bien leur nom, aux ordres des grands groupes industriels producteurs d’armements, ingénieurs en guerres permanentes pour l’écoulement des stocks. Ne plus lire la presse, les hebdos, les quotidiens, est en effet d’assez bonne politique. Comme se désintoxiquer d’une dépendance au tabac ou aux alcools.
Ne rien savoir. Ne rien vouloir connaître. Emigrer sur une île aux antipodes. Partir vivre en altitude, le plus haut possible. C’est une voie de secours, alternative ultime. Nous n’en sommes pas là. Tant que des témoins bénévoles font pour nous le long chemin qui va des zones de séisme à notre conscience assoupie.
Se reprendre. D’abord comprendre. Sapere aude, oser savoir.
Et si les media locaux ne nous informent plus, chercher l’information dans la langue universelle, l’anglaise, par d’autres canaux. Ils ne manquent pas. Si l’on veut avoir une idée à peu près équilibrée des problèmes du Proche-Orient, une demi-douzaine de possibilités s’offrent à nous. Les bulletins gratuits de United Nations News. Le Guardian britannique. Le New York Times. L’Orient Le Jour libanais. Haaretz israélien. Le Tehran Times iranien (qui a reparu en ligne)…
Chaque jour, à ce poste d’observation, nous scannons une quinzaine de media, en provenance d’une douzaine de pays (Royaume Uni, Etats-Unis, Russie, Arabie Saoudite, Chine, Iran, Israël, Egypte, Jordanie…). Action-Réaction : le site des Messageries en ligne est fréquenté quotidiennement, par près de 60% de visiteurs d’Asie (Chine, Singapour, Viet-Nam), plus de 20% d’Amérique du Nord, 6% de France, 2% d’Allemagne, du Pays-Bas, d’Irlande, de Suède, suivis par la Russie, l’Autriche. Nous sommes au monde…
https://messageriesdelapaix.org/index.php/2026/05/01/media-may-2026/
Quel est le problème avec l’Iran ?
Comme il est impossible de se fier à une ou deux sources d’information au débit idéologique restreint, comment comprendre les raisons de cet ancien conflit qui implique l’Iran ? La moindre des choses serait de consulter les témoignages de reporters étrangers à l’Iran, qui ont fait le voyage. Multiplier les angles des témoignages.
Puisqu’il s’agit de la confrontation entre les juifs d’Israël et les musulmans de la République Islamique d’Iran, il est un fait que bien peu connaissent :
Dix mille juifs vivent en Iran. Soit quatre fois plus qu’au Maroc – que l’on croyait le pays islamique le plus favorable aux juifs. On y compte une trentaine de synagogues, des écoles religieuses juives, des restaurants et magasins kasher. Même un hôpital, l’Hôpital juif du Dr Sapir, où la majorité du personnel et des patients sont musulmans. Ils ont aussi leur journal.
Que l’on sache, ces écoles, magasins kasher, en Iran, n’ont jamais subi les attentats antisémites de l’école Ozar-Hatorah à Toulouse en 2012, du musée juif de Bruxelles en 2014, de l’Hyper Cacher à Paris en 2015. Pourquoi ces faits sont-ils occultés ?
La seule destruction, totale, de synagogue en Iran est survenue au centre de Téhéran. Rafi’-Nia, le 7 avril 2026. La photo ci-dessous a bien été prise à Téhéran, non à Gaza. Les rouleaux de la Torah se sont retrouvés réduits en morceaux, sous les décombres, comme les Corans dans les mosquées de Gaza. Destruction opérée depuis le ciel, par des chasseurs-bombardiers américains, pilotés par des Israéliens.

De l’utilité de lire l’anglais, et d’aller chercher l’info ailleurs qu’au coin de sa rue…
L’armée de l’air israélienne parle de « dommages colatéraux ». Les vingt mille enfants massacrés dans la Bande de Gaza, trente mille estropiés, en deux ans, nous ont-ils accoutumés à l’horreur, nous ont-ils déshumanisés à ce point ?
Pour la clarté, dans notre dernière Lettre de Liaison en français, il y eut ce rappel d’une prise de position publique de Claude Lanzmann contre la gendarmerie planétaire, en 2011, à propos de l’intervention armée franco-britannique, appuyée par les américains, qui a détruit la Libye. Que nous ayons besoin de gendarmes pour vivre en paix ne fait pas problème.
Ce qui fait problème, c’est le cas du gendarme tueur en série, du-pompier pyromane.





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