Moath et sa sœur Wateen. Parents sans ressources. Yateen, orpheline de père depuis un an. Quatre étages au-dessus d’eux ont été écrasés par les obus, missiles.
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MESSAGERIES DE LA PAIX
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Lettre de Liaison 152
11 septembre 2026
S.O.S. HUMANITE
1) Le 11 septembre 2001, je me souviens exactement où j’étais quand un ami, de Sézanne, m’a appelé pour partager l’incroyable nouvelle. Les Tours Jumelles, je connaissais, d’être monté à leur sommet en ascenseur rapide, avec d’autres, dont un petit garçon.
Le 11 septembre, hier comme maintenant, on peut le voir d’au moins deux façons :
idéologique (pro ou anti-américain), ou humain.
Le 12 septembre 2001 je donnais des cours du soir gratuits (municipaux) à des adultes, un public majoritairement musulman, en banlieue de la capitale. Ils exultaient. Pour eux, c’était un “juste retour des choses”. Cela m’a révulsé. Je leur ai demandé comment ils pouvaient, un seul instant, oublier que c’étaient des êtres humains ordinaires, comme eux et moi, qui avaient ce jour-là suffoqué à mort, brûlé vif, sauté par les fenêtres ?
2) Idem d’Israël et de la Palestine, dans ce conflit que l’on dit facilement « religieux », « sans fin ». On peut voir ça de façon abstraite, idéologique, binaire (pro ou anti-israélien, pro-palestinien ou anti). Les deux positions sont réactionnaires, au sens propre. En réaction.
Partielles. Antagoniques. Elles vont à l’antagonisme. A l’exacerbation des oppositions, des tensions.
Ou bien considérer l’aspect humain, démographique, factuel.
Sur cette terre, là-bas, vivent aujourd’hui sept millions de juifs et sept millions de musulmans.
En 1850, sur 600.000 habitants de Palestine, une quarantaine de milles étaient juifs, une soixantaine de milles arabes chrétiens.
Il y a un siècle, au début des années 20, il y avait un peu moins de 600.000 musulmans, 84.000 juifs, 71.000 chrétiens, sur l’ensemble de cette Terre dite Sainte.
En 1945, les musulmans étaient un peu plus d’un million (58% du total), les juifs plus de 600.000 (un tiers), les chrétiens 145.000.
Aujourd’hui, on compte près de deux millions d’arabes palestiniens en Israël, et près de sept millions de juifs, un peu moins de 200.000 chrétiens.
Les deux millions d’arabes palestiniens d’Israël ont élu 13 députés palestiniens (sur 120) au parlement à Jérusalem en 2022. Le parlement palestinien de Ramallah, lui, ne fonctionne pas, depuis 2007. Il y eut, autrefois, un député juif symbolique en son sein, mais on a oublié à quand cela remonte.
Il va y avoir des élections parlementaires le 27 octobre. Que vont-elles changer ?
Les deux partis extrémistes sont représentés par treize députés à eux deux. L’opposition en compte soixante, la moitié exactement, d’où l’instabilité (due au système de pleine proportionnalité).
Sur les sept millions de citoyens juifs, un million et quart sont très religieux, et refusent tout service militaire, manifestent régulièrement, avec force, contre tout enrôlement dans l’armée.
On comprend dès lors qu’il ne s’agit pas d’un conflit « religieux » (entre juifs d’Occident et musulmans d’Orient), puisque les plus religieux des juifs israéliens ne veulent ni armée ni guerre.
3) Peut-on parler, comme beaucoup, de « conflit interminable » ? C’est oublier que le conflit franco-allemand a duré 75 ans, de 1870 à 1945, et provoqué deux guerres mondiales. Dans la première, deux millions d’allemands ont été tués, un million quatre cent mille français (900 par jour). Il y eut dix millions de morts ; dix millions de mutilés ; dix-neuf millions de blessés, d’amputés ; neuf millions d’orphelins. Entre 1939 et 1945, on compte autour de 80 millions de morts, dont plus de 25 millions en ex-Union Soviétique ; autour de 15 millions en Chine ; 8 millions en Allemagne, 6 millions en Pologne ; 3 millions au Japon…
Un Européen est mal placé pour se hausser du col, et faire la morale, en termes de longs conflits de voisinage – les Français et les Anglais se sont fait la guerre cent seize ans, de 1337 à 1453 (« la Guerre de Cent Ans »). Le conflit israélo-palestinien, lui, dure depuis 1948 : soixante-dix-huit ans. Il finira bien aussi. Y a-t-il du sang qui coule, aujourd’hui, entre Français, Allemands, Anglais ?
Autrement dit, la réalité est bien plus complexe qu’un simple duel du Bien contre le Mal – variables selon les camps.
4) Pourquoi nous ne sommes pas « pro-palestiniens ».
Le parti pris unilatéral, quel qu’il soit, creuse davantage le fossé entre les personnes, au sein des esprits. Quel que soit le conflit. Comme s’il y avait le Bien absolu d’un côté, le Mal de l’autre.
Brandir un drapeau, en l’espèce, c’est nier l’Autre, globalement. Un drapeau n’est qu’un drapeau, de toutes façons.
Les pandémies, les nuages radioactifs, les vagues de sécheresse caniculaire, les conséquences des guerres actuelles sur les carburants, les engrais, sont sans frontières.
Les souris et les rats qui prolifèrent à Gaza depuis la dévastation ne se confinent pas à Gaza.
Rodent Outbreak Hits Israeli Gaza Border Communities, Up to 100 Caught in Some Homes
Une explosion de rongeurs frappe les communautés frontalières de Gaza, jusqu’à 100 pris dans certaines maisons. Haaretz, 14 septembre 2026.
Il en va de même pour les nappes phréatiques contaminées par les eaux non traitées.
Sortir de la logique étroitement nationaliste, négatrice des Autres, qui interdit tout questionnement.
5) Ce qui nous occupe, maintenant, c’est la survie en paix, puis la coexistence quotidienne des deux peuples, des trois religions, et des autres (bouddhistes, athées…).
Ce qui nous occupe, c’est le sort des réfugiés de Gaza, plus de deux millions, sans accès à l’eau courante, à une électricité
régulière, dans les 365 km carrés qui ont été dévastés.
Dans notre dernière Lettre (Lettre 151, du 6 juillet 2026), nous vous informions que les habitants de Gaza assez chanceux pour avoir retrouvé des murs ne trouvaient que des rouleaux de plastique et des tasseaux pour leurs réparations. Les autres, plus d’un million, vivent sous des tentes, dans des camps « temporaires », les pieds dans le sable ou la boue. Bientôt, la saison des pluies revient, d’ici deux mois. Ils seront alors inondés.
Ici, nous ne nous bouchons pas les yeux. Nous ne distribuons pas de points.
Vous qui lisez ces lignes, la plupart vous n’êtes pas informés par les mass media. Vous ne savez donc rien. « La guerre à Gaza est finie depuis un an », croyez-vous.
Non. On compte plus de mille trois cents personnes tuées depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025. Un bus de Médecins Sans Frontières, ce 13 septembre, a été frappé en « dommage collatéral » à Gaza, avec dix volontaires humanitaires à bord. L’un d’eux a été blessé.
Et il n’y a pas que Gaza. En Cisjordanie, plus de mille cent personnes ont été tuées depuis octobre 2023.
Au Liban, ce sont plus de quatre mille personnes qui ont été tuées de mars à fin juin 2026.
Gaza – Cisjordanie – Liban – Iran – Yémen (cent mille personnes ont fui leur foyer dernièrement)… Tout se tient, tout est lié. Les trois premiers sont les plus touchés.
5) Ce qui nous occupe, maintenant, c’est la survie en paix, puis la coexistence quotidienne des deux peuples, des trois religions, et des autres (bouddhistes, athées…).
Ce qui nous occupe, c’est le sort des réfugiés de Gaza, plus de deux millions, sans accès à l’eau courante, à une électricité régulière, dans les 365 km carrés qui ont été dévastés.
Dans notre dernière Lettre (Lettre 151, du 6 juillet 2026), nous vous informions que les habitants de Gaza assez chanceux pour avoir retrouvé des murs ne trouvaient que des rouleaux de plastique et des tasseaux pour leurs réparations. Les autres, plus d’un million, vivent sous des tentes, dans des camps « temporaires », les pieds dans le sable ou la boue. Bientôt, la saison des pluies revient, d’ici deux mois. Ils seront alors inondés.
Ici, nous ne nous bouchons pas les yeux. Nous ne distribuons pas de points.
Vous qui lisez ces lignes, la plupart vous n’êtes pas informés par les mass media. Vous ne savez donc rien. « La guerre à Gaza est finie depuis un an », croyez-vous.
Non. On compte plus de mille trois cents personnes tuées depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025. Un bus de Médecins Sans Frontières, ce 13 septembre, a été frappé en « dommage collatéral » à Gaza, avec dix volontaires humanitaires à bord. L’un d’eux a été blessé.
Et il n’y a pas que Gaza. En Cisjordanie, plus de mille cent personnes ont été tuées depuis octobre 2023.
Au Liban, ce sont plus de quatre mille personnes qui ont été tuées de mars à fin juin 2026.
Gaza – Cisjordanie – Liban – Iran – Yémen (cent mille personnes ont fui leur foyer dernièrement)… Tout se tient, tout est lié. Les trois premiers sont les plus touchés.
6) Ce que nous vous proposons : parrainer, chacun, un enfant de Gaza. Par un virement régulier. Si modique soit-il, ce sera une ligne de vie pour son destinataire. Vous pouvez le faire par notre intermédiaire, ou bien directement – nous avons évoqué le sort de Yara, orpheline, de Moath et Wateen, nous pourrons vous en nommer d’autres, dont nous partagerons avec vous le parcours.
Non des mots, des discours, mais des actes, simples, vitaux.
A titre d’information : le kilo de sucre coûte trois euros. Le thé, pour une boîte de cent sachets, huit euros. La menthe, un euro pour dix tiges – ceux qui connaissent le rituel du thé a la menthe en orient en comprennent l’importance. Davantage encore, dans les ruines.
Le prix d’un kilo de pain : trois euros, comme le sucre.
Trente œufs (rares à trouver) : dix euros.
Un kilo de légumes, de fruits (tomates, oignons, carottes, bananes, pommes, citrons) : six euros.
Un kilowatt d’électricité (intermittente) : vingt-cinq euros.
Vous savez que les salariés du secteur public n’ont reçu aucun salaire depuis trois ans. Il n’y a pas de revenus à Gaza, en dehors des transactions alimentaires, et quelques petits stands.
7) Voilà où nous en sommes.
Et si vous pensez que ce soutien ne prévient pas les causes du mal, de la misère, nous travaillons aussi en amont des problèmes. Si nous avons édité, avec celle-ci, cinq lettres de liaison en français cette année, à votre intention, nous en avons édité cinq autres en anglais, dont trois en juin, coup sur coup, destinées au réseau mondial des 160 Prix Nobel les plus connus, accessibles, dont plus d’un tiers participent à nos campagnes pour sortir du cycle des guerres. Début juin, nous étions au bord d’un embrasement catastrophique au Proche-Orient, et nous avons envoyé trois séries de S.O.S. détaillés à tous ceux, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en France, qui sont en position d’influer sur le cours des choses, la conscience des risques.
Ces Newsletters sont disponibles sur notre site :
Les « causes du mal », de toutes façons, ne sont pas à chercher à l’autre bout du monde.
Elles nous ramènent toujours à l’incompréhension tissée d’ignorance, à la surdité, la servitude volontaires, au déni égocentrique de l’Autre – que ce soit notre prochain ou notre lointain – à la rapacité, à l’appât du gain par tous les moyens.
A la base de tout conflit, ce sont les mêmes raisons : un oubli d’autrui, une négligence, un préjudice, un abus, non traités, non résolus, envenimés par des attitudes de jugement, d’exclusion, qui déshumanisent l’Autre, le rapetissent, et le rejettent en dehors de la communauté humaine. Avec violences psychologiques, verbales ou muettes, quand ce n’est pas physiques. Les familles fracturées, les couples désunis, nous en apportent le témoignage incessant. Que ce soit dans n’importe quelle région de France, d’Amérique, ou d’Orient.
Il ne s’agit pas de problèmes politiques globaux, d’antagonismes partisans, mais de problèmes humains, particuliers, d’urgences ignorées.
Quel type d’humanité sommes-nous en train de créer, par nos silences, nos paroles, nos actes ?
Cela alors que les Himalayas fondent, que le Toit du Monde se met à fuir, et que tant de catastrophes nous tombent dessus (600.000 hectares de forêts brûlés en Europe l’été 2026, plus de 200.000 morts dûs aux canicules sur les quatre dernières années).
De Gaza, Tyr au Liban, aux bois de Fontainebleau ou des Landes, de Kabylie, à Katmandou au Népal, c’est un même monde… une mince atmosphère que nous respirons tous.
Le plus simple, quand on y réfléchit bien, c’est d’aider concrètement, un peu, celles et ceux qui sont au fond de la fosse, ailleurs. Vous, ici, vous avez, nous avons l’eau courante chaude et froide au robinet, un toit au-dessus de nos têtes, nous avons du carburant aux pompes – même s’il a lourdement augmenté en raison des guerres, nous en avons – et pour éclairer la nuit, il suffit de pousser un interrupteur. Tout nous est si facile, objectivement.
Alors, élargir un peu le cercle étroit de nos intérêts, de nos affections.
D’autant plus simplement que, ici, ils ont tout, autour de nous, souvent trop de tout, et pas forcément heureux avec ça, ou reconnaissants. Là-bas, ils n’ont à peu près rien, tellement dépouillés. Pour se laver, on descend chercher de l’eau saumâtre en seaux. Saumâtre, salée, imbuvable.
Pour faire du thé, tous les deux jours on part au camion-citerne, avec des jerrycans. Il faut le guetter, premiers arrivés premiers servis. Pour faire chauffer l’eau, dans ce qui était la chambre d’amis, où j’ai dormi, on a installé un kanoun de fortune : trois pierres sur un lit de sable, pour contenir le feu. Pour l’allumer, une mèche de plastique et un briquet. Pour alimenter le feu, encore du plastique, du carton, un peu de bois si on a réussi à en trouver dans les ruines. La fumée est épaisse, âcre, noircit les murs, le plafond, colle aux habits, aux cheveux. C’est la vie quotidienne, depuis trois ans.
Vous comprenez que ce n’est pas un problème de les soutenir, par virements réguliers.
Pour restaurer leur confiance en l’humanité, et la nôtre en même temps.
Notre participation, modeste, à une réparation du monde.
Réparer, restaurer, délivrer, réhumaniser.


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